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KADOKAWA fusionne cinq studios d’anime : derrière Studio One Base, une transformation beaucoup plus importante se prépare

ENGI, Studio KADAN, Bellnox Films, Chiptune et Raging Bull vont être regroupés dans Studio One Base. L’opération paraît administrative ; elle révèle en réalité une nouvelle stratégie pour industrialiser la production d’anime sans faire disparaître l’identité des studios.

Plusieurs équipes de production d’anime travaillent dans un grand studio commun regroupant différents métiers de l’animation.

Cinq studios d’animation vont bientôt disparaître juridiquement dans une seule entreprise.

Et pourtant, leurs noms vont rester.

Le 8 septembre 2026, KADOKAWA a annoncé la fusion d’ENGI, Studio KADAN, Chiptune, Bellnox Films et Raging Bull. À partir de novembre, ils seront réunis au sein d’une nouvelle société détenue à 100 % par KADOKAWA : Studio One Base.

À première vue, c’est une réorganisation interne assez ennuyeuse.

En réalité, c’est l’une des décisions les plus révélatrices de ce qui est en train d’arriver à l’industrie japonaise de l’anime.

Car KADOKAWA n’essaie pas simplement de posséder davantage de studios.

Le groupe essaie progressivement de construire une machine capable de fabriquer beaucoup plus directement ses propres anime.

Les cinq studios ne vont pas vraiment « disparaître »

Premier point important : ENGI ne va pas soudainement devenir un simple souvenir.

KADOKAWA indique explicitement que les cinq noms continueront d’être utilisés, que leurs identités doivent être conservées et que leurs lignes de production resteront distinctes.

Ce qui disparaît surtout, c’est leur séparation en plusieurs entreprises indépendantes au sein du même groupe.

La direction, certaines fonctions administratives, les ressources humaines et une partie de l’organisation seront mutualisées sous Studio One Base.

C’est une distinction importante.

On pourrait résumer la nouvelle organisation ainsi :

plusieurs studios créatifs en façade, une seule infrastructure industrielle derrière eux.

Et physiquement, cette infrastructure existe déjà.

Les différentes équipes sont regroupées dans un nouveau complexe installé à Sunshine City, à Ikebukuro. Le projet annoncé en mars prévoyait environ 4 628 m² de locaux et près de 400 personnes sur le site en comptant les équipes et départements associés ; la nouvelle société issue de la fusion est annoncée avec environ 310 employés.

Ce n’est plus un petit studio.

C’est une plateforme de production.

Pourquoi KADOKAWA fait ça maintenant

Il existe un paradoxe assez brutal dans l’animation japonaise.

L’anime n’a probablement jamais été aussi puissant économiquement.

Selon l’Association of Japanese Animations, le marché global de l’animation japonaise a atteint environ 4 000 milliards de yens en 2024, un record porté notamment par l’expansion internationale.

Mais fabriquer ces anime devient simultanément plus difficile.

KADOKAWA cite lui-même l’augmentation des coûts de production, la taille croissante des projets et surtout le manque de main-d’œuvre. Le gouvernement japonais parle également d’une pénurie de personnel devenue suffisamment sérieuse pour justifier des programmes nationaux de formation.

Autrement dit :

la demande augmente plus vite que la capacité de production.

Ajouter simplement davantage de séries au calendrier finit alors par rencontrer une limite très physique : il faut des animateurs, des directeurs d’animation, des artistes 3D, des décorateurs, des équipes de photographie, des producteurs et suffisamment de temps pour que tout ce monde puisse travailler correctement.

Studio One Base est une réponse à cette contrainte.

Mais le vrai indice se trouve ailleurs

KADOKAWA a publié un objectif beaucoup plus révélateur dans son plan de gestion jusqu’en 2031.

Le groupe veut porter son taux de production d’animation en interne à 50 %.

Il prévoit parallèlement de produire davantage d’œuvres majeures dans ses propres studios et de poursuivre des acquisitions de studios.

Cette phrase change complètement la lecture de Studio One Base.

KADOKAWA possède déjà énormément de propriétés intellectuelles à travers ses activités d’édition : light novels, mangas, romans et licences diverses.

Traditionnellement, posséder ou éditer une œuvre ne signifie pas nécessairement fabriquer soi-même son adaptation animée. Une multitude de sociétés peut intervenir autour d’un comité de production, tandis qu’un studio externe réalise concrètement la série.

Plus KADOKAWA internalise cette fabrication, moins il dépend exclusivement de capacités de production extérieures pour transformer son catalogue en anime.

C’est une forme d’intégration verticale.

Le même groupe peut participer à la naissance d’une œuvre, son édition, son adaptation, sa production et finalement son exploitation internationale.

Studio One Base devient alors moins intéressant comme « nouveau studio » que comme infrastructure destinée à transformer plus rapidement des IP en productions audiovisuelles.

Centraliser peut réellement améliorer la situation

Il serait facile de voir cette concentration uniquement comme une tentative de produire toujours plus.

Ce serait trop simple.

Certaines idées derrière Studio One Base répondent à de vrais problèmes de l’industrie.

Cinq petites structures n’ont pas nécessairement intérêt à maintenir chacune leurs propres fonctions administratives, systèmes de recrutement ou infrastructures techniques.

Une organisation commune peut également faciliter le partage de spécialistes.

Un projet peut temporairement avoir besoin de davantage d’artistes 3DCG. Un autre peut rencontrer un goulot d’étranglement en compositing ou en production. La proximité des équipes rend théoriquement beaucoup plus simple la circulation du savoir et des ressources.

KADOKAWA promet également une amélioration des avantages sociaux, des conditions de travail, de la gestion des calendriers et de la formation. Le groupe a parallèlement créé KADOKAWA Creators, une structure destinée à former de jeunes professionnels tout en les employant directement.

Ce ne sont pas des problèmes inventés par le marketing : les organismes publics japonais et les associations professionnelles documentent eux aussi les difficultés de recrutement et de formation du secteur.

Reste une question beaucoup plus difficile :

est-ce que la centralisation servira réellement à donner davantage de temps aux créateurs, ou simplement à augmenter le nombre de productions que la même organisation peut absorber ?

Nous ne pouvons pas encore le savoir.

Un grand studio n’est pas automatiquement un meilleur studio

C’est probablement le point qu’il faudra surveiller.

La qualité d’un anime n’est pas contenue dans le logo affiché au début de l’épisode.

Elle vient de personnes précises, de producteurs capables de constituer une équipe, de réalisateurs, d’animateurs, d’un planning viable et d’une production qui ne s’effondre pas trois semaines avant la diffusion.

Fusionner des entreprises peut supprimer des doublons administratifs.

Cela ne crée pas magiquement de bons animateurs.

Cela ne crée pas non plus davantage d’heures dans une journée.

Et conserver les noms ENGI ou Bellnox ne garantit pas automatiquement que leur culture interne restera identique après plusieurs années sous une même direction.

C’est ici que le projet de KADOKAWA sera réellement jugé.

Pas sur les rendus très propres de ses nouveaux bureaux.

Sur les génériques.

Sur les personnes qui restent.

Sur la stabilité des équipes.

Sur les calendriers de production.

Et surtout sur la régularité des œuvres qui sortiront de cette immense infrastructure.

Studio One Base pourrait annoncer quelque chose de plus grand

Depuis longtemps, on parle des studios d’anime comme s’ils étaient les unités fondamentales de l’industrie.

MAPPA. ufotable. Bones. Madhouse. Kyoto Animation.

Le nom du studio devient parfois presque aussi important pour les fans que celui de l’œuvre.

Studio One Base propose une organisation légèrement différente : plusieurs identités de studios peuvent continuer d’exister, tandis qu’une grande partie de leur infrastructure, de leurs ressources et de leur stratégie appartient à une structure commune.

Si cela fonctionne, KADOKAWA disposera d’un modèle très puissant : conserver la valeur créative et commerciale des marques de studios tout en mutualisant l’appareil industriel derrière elles.

Et dans une industrie où la demande mondiale continue de grimper alors que les ressources humaines restent limitées, il serait étonnant que les autres grands groupes japonais ne regardent pas attentivement l’expérience.

La vraie histoire de Studio One Base ne commencera donc probablement pas lorsque son nouveau logo apparaîtra sur un anime.

Elle commencera lorsque nous verrons si réunir cinq studios sous le même toit permet enfin de produire mieux ou simplement de produire davantage.

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